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Martine BEUGNET

Cinéphilie et numérique

« La numérisation a modifié les conditions de production, de dissémination et de réception des images en mouvement de manière radicale. Son impact sur l’accès au patrimoine cinématographique et sur l’exploitation de ce patrimoine, génère des débats foisonnants que sous-tend l’hypothèse d’une cinéphilie spécifique au monde numérique.
Au XXe siècle, le mode de réception dominant reste celui, collectif, du cinéma, que la télévision vient émuler en accaparant le cadre domestique. Le XXIe siècle est celui de la prolifération des écrans de toutes tailles et de l’individualisation : les images en mouvement se regardent désormais partout, et sont soumises à un visionnage fragmenté, distrait, déterminé par le multitasking et la variabilité des formats et des modes de distribution.
Quels sont les effets des changements d’échelle et de mobilité, à la fois dans la qualité de l’image et dans la manière de s’approprier celle-ci, lorsqu’on visionne, par exemple, un film ou une vidéo sur l’écran miniature d’un téléphone portable ? Quel est l’impact de la sélection et du catalogage opérés par les plateformes de distribution en ligne ?
Autre mutation due à la numérisation, celle de l’accès aux images et de leur réemploi, compilation, mashup, supercut, sampling, pratiqués aussi bien par les amateurs que par les professionnels. La disponibilité du format numérique a notamment transformé le paysage de l’art vidéo, la plasticité du nouveau matériau permettant d’envisager des œuvres de compilation d’une envergure et d’une qualité formelle inégalées. On assiste par ailleurs à une floraison de sites internet, souvent portés par des amateurs, qui proposent des supports pédagogiques développés grâce à ces techniques. À travers ces pratiques se posent des questions d’éthique de l’appropriation et du réemploi, de statut de l’auteur, mais aussi de réécriture de l’histoire.
La numérisation des fonds cinématographiques a également modifié en profondeur le travail des historiens du cinéma qui peuvent désormais accéder à d’immenses bases de données (Cinémathèque française, Bibliothèque du Congrès, British Film Institute, Institut Lumière, entre autres). Les spécialistes se constituent en outre des archives personnelles, que le support numérique rend plus faciles à stocker, utiliser et partager. Même si la question de la permanence de l’archive digitale reste posée, l’accès à de grandes collections de films et certaines possibilités technologiques (dans la lignée du simple arrêt sur image) induisent ainsi un nouveau rapport à l’archive filmique et altèrent le contexte pédagogique des études cinématographiques. »

Biographie/Bibliographie

Nouvellement arrivée à l’université Paris Diderot, Martine Beugnet y est professeur en études visuelles à l’UFR d’études anglophones. Elle a poursuivi sa carrière principalement en Grande Bretagne (University of Northumbria, University of Glasgow et Université d’Edimbourg de 1999 à 2012). Elle a travaillé comme commissaire d’expositions, responsable du programme culturel, à l’Institut français d’Ecosse de 1989 à 1997.
Elle s’intéresse à l’évolution récente de l’image en mouvement, et tout particulièrement aux rapports entre film, vidéo et arts multimédias ; aux relations entre le cinéma et les institutions de l’art ; aux problématiques liées au passage au numérique (coexistence et hybridité des médias, obsolescence technologique, surveillance, ‘digital uncanny’) ; aux formes expérimentales du film et de la vidéo.
Elle est l’auteur de nombreux articles sur le cinéma, le cinéma expérimental et les arts visuels et de plusieurs livres sur le cinéma.
/ Le plus récent, Cinema and Sensation : French Film and the Art of Transgression, publié par Edinburgh University press, a été réédité en 2012.
/ Elle est également co-directrice, avec Kriss Ravetto (uc Davis) de la collection EUP Series in Film Studies : www.euppublishing.com/series/ESIF.

Contact

/ Mél. : Martine Beugnet - martine.beugnet(a)univ-paris-diderot.fr